L’Afrique : une révolution photovoltaïque tranquille aux implications mondiales
PV MAGAZINE
Un boom solaire caché se propage désormais à travers l’Afrique
Quiconque consulte les chiffres officiels de l’expansion de l’énergie solaire en Afrique est susceptible de sous-estimer massivement le rythme réel du développement. Alors que les bases de données internationales continuent de se concentrer principalement sur de grands parcs solaires et projets de mini-réseaux annoncés publiquement, une réalité beaucoup plus dynamique émerge en arrière-plan : un boom solaire décentralisé, financé par des fonds privés et économiquement porté par l’économie, qui se propage à travers le continent.
Un examen des données d’import/export en provenance de Chine en dit long : selon les analyses de l’Association africaine de l’industrie solaire (AfSIA), les chiffres d’expansion annuelle sont presque quadruplés une fois ces données prises en compte. Il existe peu de preuves d’inventaires importants jusqu’à présent il y a donc de fortes raisons de croire que les modules expédiés vers des pays à travers le continent sont en grande partie achetés et installés sur place.
Cela a des conséquences de grande portée : le véritable boom solaire en Afrique ne se produit pas principalement dans des projets d’envergure planifiés par l’État, mais sur des milliers de foyers et d’entreprises à travers le continent : sur les toits d’usines, dans les centres commerciaux, les hôtels, les antennes mobiles, les fermes et les complexes résidentiels. C’est un marché qui se développe largement en dehors du radar des processus traditionnels de planification énergétique.
Le solaire ne concurrence pas l’énergie du réseau mais celle du diesel
La logique du marché solaire africain diffère fondamentalement de celle des marchés européens ou nord-américains. Dans des pays comme le Nigeria, l’énergie solaire ne concurrence pas principalement l’électricité du réseau bon marché. Il concurrence les générateurs à essence ou diesel.
Dans de nombreux pays africains, les coupures de courant sont quotidiennes. Le résultat, c’est que pendant des années, entreprises, hôpitaux, hôtels et usines de fabrication ont dû acheter (et entretenir) des générateurs de secours coûteux souvent à un coût énorme. Le diesel est coûteux, bruyant, nécessite beaucoup d’entretien et dépend de prix d’importation volatils.
Dans ce contexte, les systèmes solaire et stockage transforment fondamentalement l’équation économique. Avec des délais de retour sur investissement d’un à deux ans dans certaines régions du continent, un marché émerge qui ne dépend pas des subventions mais est plutôt motivé par l’intérêt commercial personnel.
Cela explique également la structure remarquable du marché : selon l’AfSIA, environ 85 % de la capacité solaire nouvellement installée se trouve dans le secteur commercial et industriel (C&I). Les foyers privés n’ont jusqu’à présent joué qu’un rôle mineur. Les moteurs sont des entreprises dont les modèles économiques dépendent d’une alimentation électrique fiable. Pour ces entreprises, le solaire devient de plus en plus une question de compétitivité et de fiabilité opérationnelle.
Les mini-réseaux, le stockage par batteries et les systèmes solaires privés peuvent évoluer beaucoup plus rapidement et de manière plus économique que les centrales électriques traditionnelles et les plans d’expansion du réseau. Cela ne signifie pas que les grilles centrales deviendront obsolètes.
Cependant, leur rôle est susceptible de changer : passer de l’épine dorsale unique du système d’approvisionnement, pour devenir partie intégrante d’un système énergétique de plus en plus hybride.
Le rôle clé de la Chine
La Chine joue un rôle clé dans ce contexte. Les fabricants chinois dominent non seulement le marché solaire mondial, mais redéfinissent également les relations énergétiques avec l’Afrique. La baisse des prix des modules et du stockage par batteries est ce qui rend l’énergie solaire économiquement attrayante dès le départ. Dans le même temps, la récente décision de la Chine d’autoriser les importations exonérées de produits africains témoigne d’un partenariat économique qui s’approfondit et dépasse les questions purement liées à l’énergie.
Il est également remarquable de voir à quel point cette croissance se propage aujourd’hui. Bien que l’Afrique du Sud reste le plus grand marché solaire du continent, les analyses d’importation montrent qu’environ 82 % des modules solaires ont récemment été expédiés vers d’autres pays africains. Cela suggère que l’élan s’étend désormais bien au-delà des marchés pionniers individuels en particulier vers l’Afrique de l’Ouest et de l’Est.
La question ouverte : que va-t-il advenir des entreprises d’approvisionnement en énergie ?
Comme pour tous les changements profonds, ce développement soulève également des questions difficiles.
De nombreuses entreprises énergétiques publiques sur le continent fonctionnent déjà à perte. Les tarifs d’électricité sont souvent maintenus bas pour des raisons politiques et ne couvrent généralement pas les coûts réels. Les investissements dans l’expansion du réseau suivent la croissance de la demande, tandis que les pertes techniques et les défauts de paiement restent élevés. Si les clients les plus rentables financièrement entreprises, entreprises commerciales et ménages plus aisés installent de plus en plus leurs propres systèmes solaires, les compagnies d’électricité risquent de subir des pertes de revenus vertigineuses.
Cela crée un cercle vicieux potentiellement dangereux : plus les clients rentables commencent à détourner le réseau, plus il devient difficile de financer l’infrastructure du système électrique, en particulier l’expansion du réseau et l’amélioration de la fiabilité. Et à mesure que la qualité de l’électricité en souffre, les solutions solaires décentralisées deviennent plus attractives.
La manière dont les gouvernements et les fournisseurs d’énergie réagiront à cette évolution reste à voir. Les solutions possibles incluent le financement de l’infrastructure énergétique par des fonds publics et des subventions, de nouveaux frais de réseau, des interventions réglementaires ou des restrictions à l’importation. Cependant, un changement stratégique est tout aussi possible où les fournisseurs d’énergie deviennent de plus en plus des plateformes pour un approvisionnement énergétique décentralisé.
Opportunités pour un développement rapide et rentable :
L’accent étroit mis sur les conséquences négatives pour les compagnies d’électricité masque les énormes opportunités de développement économique.
Dans de nombreux pays africains, le manque d’accès à l’énergie et à l’électricité a été la cause de la stagnation du développement économique. La révolution du solaire+stockage permet désormais un accès rapide et rentable à l’énergie l’un des principaux moteurs du développement économique et de l’amélioration du niveau de vie.
Une révolution PV discrète à portée mondiale
Une chose est certaine : le boom solaire africain n’est plus une vision de l’avenir. Cela se produit déjà et puisque cette transformation est principalement dictée par les forces du marché, la décentralisation et le pragmatisme, elle pourrait s’avérer plus durable (tant sur le plan financier qu’environnemental) que de nombreux programmes d’expansion planifiés par l’État.
La question cruciale n’est donc plus de savoir si l’énergie solaire va croître massivement en Afrique. La question cruciale est de savoir à quelle vitesse les systèmes politiques, réglementaires et infrastructurels pourront s’adapter à cette nouvelle réalité.
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